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Interview d'Anne-Sophie Damelincourt, candidate à la présidence d'Esomar

« C’est maintenant qu’il nous faut transformer cette industrie, pas dans 10 ans ! » – Interview d’Anne-Sophie Damelincourt, candidate à la présidence d’Esomar Monde

16 Fév. 2021 | Vu, lu, entendu

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Dans quelques semaines, Esomar, la plus grande organisation mondiale des Etudes (avec près de 6000 membres répartis dans 140 pays dans le monde), désignera son nouveau président pour la mandature 2021-2022. Ou plus certainement sa nouvelle présidente, puisque deux candidates sont aujourd’hui en lice. L’Américaine Kristin Luck, fondatrice de ScaleHouse ; et, côté français, Anne-Sophie Damelincourt, fondatrice de Blue Lemon Insight & Strategy. Quelles sont les motivations de la candidate française ? Quelle est sa vision et quelles sont les priorités pour l’industrie et pour Esomar ? Ce sont les questions auxquelles elle répond pour MRNews.

MRNews : Vous êtes aujourd’hui candidate à la présidence d’Esomar Monde pour la mandature 2021-2022. Qu’est-ce qui a motivé votre décision ?

Anne-Sophie Damelincourt : Cela s’est imposé à moi comme une évidence ! J’ai déjà été élue trois fois au Conseil Esomar en tant que membre, et j’en suis la trésorière depuis 2019. Je connais donc bien notre organisation, mais aussi cette industrie et ce métier, que j’ai véritablement choisi par passion. J’ai à la fois une énorme confiance dans les ressources de celle-ci et de ses membres, mais également un réel sentiment d’urgence. Il nous faut impérativement nous transformer maintenant, pas dans dix ans ! La grande force d’Esomar est d’être une organisation mondiale. Nous devons l’utiliser pour peser sur le cours de choses, et être l’acteur n°1 de la transformation de cette industrie. 

Quelle est votre vision de notre industrie ? Quels sont vos grands points de diagnostic ?

On le dit souvent, mais c’est une réalité, notre Industrie de la Data et de l’insight est en profonde mutation. Celle-ci n’est pas récente, mais elle a été fortement accélérée par la crise que nous traversons. Notre marché a aussi la particularité d’être très fragmenté, à tel point que nous avons des difficultés à le définir comme nous l’avions déjà évoqué. Il est composé d’acteurs de la Data et de la Technologie ainsi que d’intervenants beaucoup plus traditionnels. Or ces deux univers se connaissent mal et ne se comprennent pas toujours. Tout cela soulève de nombreuses craintes. En tant qu’organisation mondiale du secteur, Esomar doit, selon moi, donner le cap, être à la pointe de l’innovation. Qu’il s’agisse d’individus, de sociétés commerciales, de marques ou d’institutions, nous devons accompagner tous nos membres dans cette mutation, en étant dans une forte logique d’anticipation. 

Parmi les points clés du diagnostic, nous faisons par ailleurs le constat d’une grande hétérogénéité des conditions d’accès à notre association. La donne est extrêmement différente selon que l’on se trouve dans un pays comme la France, la Chine, ou encore le Chili ou le Nigeria. Pour certains, Esomar est très lointaine, géographiquement comme du point de vue de ses bénéfices. Le digital a commencé à faire évoluer les choses, mais il reste énormément à faire. Il y a un fort besoin de proximité, de support, de formation, de connaissance, d’accréditation, et ce partout dans le monde.

Quelles orientations clés souhaitez-vous impulser pour Esomar ?

Nous devons réellement nous réinventer, repenser fondamentalement notre modèle, nous replacer dans la dynamique du marché. Pour cela nous devons nous ouvrir, sortir de notre zone de confort pour reprendre une place de leader, de guide et accompagner le changement. Il n’est pas question bien sûr de faire table rase du passé, mais il est d’urgent de considérer ces transformations et de s’y adapter.

J’ai bâti le message de ma campagne sur 3 piliers : l’Ouverture, l’Excellence et la Célébration (Open Up, Elevate & Celebrate).

Il s’agit tout d’abord de s’ouvrir au monde de la Data et de la Technologie, à l’Open Data et aux innombrables pratiques de notre métier dont l’Intelligence Artificielle, l’Expérience Client, l’Economie Comportementale, etc,…de créer ou de recréer du lien avec le secteur des Etudes Marketing dites « traditionnelles ». Cette ouverture doit être aussi résolument humaine. Ouvrons-nous à toutes et à tous ! En tant qu’association professionnelle mondiale, nous nous devons d’être plus accessibles, plus proches de nos Membres, de manière plus agile et souple, afin de représenter une Communauté plus riche et plus diverse.

Mon deuxième point concerne l’Excellence et notre expertise. Nous sommes des experts de la Data, de leur interprétation, des comportements et de leur application pour la prise de décision, et ce de manière éthique, en conformité avec les règles de la protection des données. Revendiquons cette valeur ajoutée. Travaillons au plus près de la prise de décision.

Enfin, soyons fiers de nous ! Nous sommes bien timides et humbles par rapport çà d’autres secteurs, comme celui de la communication par exemple. Nous ne parlons pas assez de nos talents, de nos rôles dans la prise de décision en entreprise et dans nos sociétés, de notre expertise. 

Qu’avez-vous envie de poursuivre ou d’amplifier ? Et quelles ruptures souhaitez-vous apporter ?

Nous avons travaillé en forte collaboration avec Joaquim Bretcha, le Président actuel d’Esomar. Nous sommes l’un comme l’autre des personnes passionnées. Joaquim a beaucoup œuvré à l’international pour créer du lien entre les gens, les régions et les pratiques de notre métier. Je crois beaucoup en cela et mon message en est très proche finalement. Je pense cependant que nous devons renforcer notre ouverture à la Technologie et à l’Open Data. C’est vital pour notre industrie.

Sur le fond, comme je l’ai évoqué, il nous faut impérativement revoir le modèle économique de l’association, qui ne correspond plus selon moi au monde, aux individus et aux organisations d’aujourd’hui. Esomar a été créée en 1947 pour notamment offrir des Standards méthodologiques. Cela n’a plus de sens.

Je souhaite que cette association devienne plus ouverte, plus accessible, plus simple dans son fonctionnement, plus représentative du monde actuel et des personnes physiques et morales qu’elle représente.

Quelle présidente serez-vous ?

Je serai une Présidente qui me ressemble avant tout (rires). Avec les valeurs qui sont les miennes : l’ouverture, la disponibilité, l’accessibilité. Et qui soit aussi passionnée, énergique, donnant l’impulsion nécessaire. Je mets toute ma détermination dans cette aventure, et je crois également beaucoup à l’impératif de savoir s’adapter. On ne peut pas faire autrement dans le monde d’aujourd’hui. La liste des candidats à l’élection est extrêmement variée et riche, je suis certaine que nous ferons avec la nouvelle équipe un formidable travail. Le terme d’équipe n’est pas un vain mot pour moi. J’ai vraiment à coeur que cette présidence ne soit pas celle d’une seule personne, mais un fantastique travail d’équipe, au service de tous.

Avez-vous enfin un message spécial à adresser à la communauté française ? 

Je souhaite vivement remercier toutes les personnes qui me soutiennent depuis le début de mon aventure au Conseil d’Esomar et qui me font confiance, avec un message particulier à nos Représentantes Isabelle Fabry et Ketty Faivre Chang qui font toutes les deux un superbe travail. Merci à tous pour votre investissement dans notre Industrie, et pour votre engagement. Ils sont essentiels pour que nous réussissions cette transformation !

Propos recueillis par Thierry Semblat (MRNews)


POUR ACTION

• Echanger avec les interviewés : @ Anne-Sophie Damelincourt

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