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« Il nous faut repenser la prise de décision à l’ère de l’IA »

Interview de Stéphanie Perrin, organisatrice du Printemps des études

10 Sep. 2026

Interview de Stéphanie Perrin, organisatrice du Printemps des études

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Dans quelques jours, les jeudi 24 et vendredi 25 septembre à Paris, se tiendra la 14e édition du Printemps des études, LE grand rendez-vous annuel des professionnels du Market Research. Une édition où l’IA sera naturellement très présente, avec une question en filigrane : comment transforme-t-elle la façon dont les entreprises et les consommateurs prennent leurs décisions ? Mais aussi, en miroir, quelle place donner à l’humain — dans la décision comme dans nos métiers ? Grands temps forts, nouveautés, tendances qui traversent la profession… Stéphanie Perrin, dirigeante d’Empresarial, organisatrice et « cheffe d’orchestre » du Printemps, nous présente cette édition 2026.

MRNews : Dans quelques jours, les 24 et 25 septembre, va démarrer le Printemps des études. Préparer cet évènement, qui est LE grand rendez-vous annuel de l’univers market research et insights, est une occasion unique pour prendre le pouls de celui-ci. Qu’est-ce qui vous a le plus marqué cette année ?

Stéphanie Perrin : Nous travaillons entre un an et demi et deux ans à l’avance sur le Printemps. J’ai déjà les dates de 2028 ! Cela vaut pour les aspects administratifs, bien sûr, mais aussi pour le programme. Certaines idées de conférences commencent à germer très longtemps en amont, puis sont travaillées avec le comité de programme pendant plusieurs mois. Cela nous donne effectivement un poste d’observation assez privilégié sur ce qui bouge dans la profession.

Ce qui m’a particulièrement frappée cette année, c’est la vitalité du secteur, avec beaucoup de créations d’entreprises et des entrepreneurs de plus en plus jeunes. Nous voyons arriver des profils qui s’approprient très naturellement les possibilités offertes par les nouvelles technologies, dont bien sûr l’IA, et qui développent des réponses beaucoup plus opérationnelles qu’il y a encore un an ou deux. Certains ont choisi d’emblée l’univers des études, d’autres y sont venus en constatant qu’il constituait un débouché pertinent pour leurs outils. Dans les deux cas, je trouve très positif que notre secteur attire ces jeunes entrepreneurs. Cela montre qu’il y a encore beaucoup de choses à inventer.

Ce qui m’a particulièrement frappée cette année, c’est la vitalité du secteur, avec beaucoup de créations d’entreprises et des entrepreneurs de plus en plus jeunes.

Quelle sera LA ligne directrice de cette 14e édition ? Quel enjeu, quelle idée vous semble dominer ?

Nous ne définissons jamais une thématique générale en amont. C’est même volontaire, parce que la diversité des études rendrait cela assez artificiel. En revanche, une fois que le comité de programme a arrêté l’essentiel des conférences et des contenus, une ligne éditoriale finit toujours par émerger.

Cette année, je la formulerais ainsi : repenser la décision à l’ère de l’IA… ou pas ! Nous avons de nouveaux outils, de nouvelles compétences dans les équipes, des data scientists, des solutions d’accompagnement pour aider les entreprises à s’approprier l’IA. Tout cela permet de décider autrement, parfois mieux, souvent plus vite. Et cela concerne aussi le consommateur, qui commence lui-même à utiliser ces outils pour prendre ses décisions.

Pour moi, il y a un triptyque : décrypter, décider, puis diriger, au sens de mettre en action la réflexion. Et, il ne faut surtout pas en gommer la dimension humaine. C’est le credo du Printemps des études depuis sa création. L’IA avance extrêmement vite, il serait absurde de faire comme si elle n’existait pas. Mais, au bout du compte, la question reste celle de la décision humaine et de la place que nous voulons lui donner.

L’IA avance extrêmement vite, il serait absurde de faire comme si elle n’existait pas. Mais, au bout du compte, la question reste celle de la décision humaine et de la place que nous voulons lui donner.

Quels seront les grands temps forts ?

La conférence inaugurale donnera justement le « la » de cette édition. Elle sera menée par Éric Hazan, coauteur avec Olivier Sibony, professeur à HEC, de Faut-il encore décider ? La décision humaine à l’ère de l’IA. Leur réflexion explore différents scénarios selon la nature des décisions : dans certains domaines, l’IA pourra prendre une place considérable, tandis que dans d’autres, notamment dans le champ politique et démocratique, la décision doit rester pleinement humaine.

Nous maintenons le « En tête-à-tête », que nous avions inauguré ensemble l’an dernier avec le fondateur d’Ipsos, Didier Truchot. Nous accueillerons cette année le fondateur de Toluna, Fréderic-Charles Petit. Et nous conservons naturellement ce temps fort consacré à la célébration des market researchers de l’année, avec la 2ème édition du Grand Prix Études by Syntec Conseil, suivie de la finale française de Research Got Talent.

Nous aurons par ailleurs une grande conférence consacrée à l’opinion. Le code WAPOR, qui datait de 2014, vient d’être renouvelé et intègre désormais l’IA dans ses nouvelles lignes directrices. Kathleen A. Frankovic, qui est une grande experte de ces sujets, viendra les présenter. Adélaïde Zulfikarpasic et Laure Salvaing apporteront en contrepoint leur regard sur la pratique des sondages dans le contexte électoral français, tandis que Kathleen Frankovic évoquera notamment les élections américaines de mi-mandat.

RETROUVER LE PROGRAMME COMPLET DU PRINTEMPS DES ETUDES

Avez-vous prévu cette année une conférence de clôture ?

Tout à fait. Nous allons tenter quelque chose qui, à ma connaissance, n’a jamais été fait : faire dialoguer en direct trois outils d’IA générative avec la salle. C’est un projet que nous préparons depuis un an avec Philippe Guilbert. L’idée est précisément de ne pas seulement parler de l’IA, mais de la mettre à l’épreuve dans une situation interactive.

Enfin, en complément des conférences du jeudi sur le sujet, nous lançons le vendredi matin le Social Intelligence Morning, avec trois conférences consacrées à la social intelligence. Nous commencerons par un état des lieux, accompagné d’un livre blanc réalisé notamment avec Licter et Norstat. Un deuxième temps sera consacré à des témoignages et retours d’expérience de marques avec leurs partenaires. Puis, Brandwatch présentera ensuite des bonnes pratiques, avec notamment le témoignage du directeur marketing de TotalEnergies. Meltwater et Visibrain sont également associés à cette initiative. L’ambition est de créer une dynamique qui puisse se prolonger au-delà du Printemps.

Outre ces temps forts, le Printemps des études se caractérise par l’organisation d’un très grand nombre de conférences. Combien sont prévues cette année ? Et quelles dominantes devraient se dégager ?

Nous aurons 15 grandes conférences, dont les formats habituels du Printemps : les témoignages et retours d’expérience, les ateliers expertise benchmark, les visites guidées… et les rendez-vous proposés par les acteurs présents… Au total, cela représente 130 rendez-vous sur les deux jours. 

Au total, cela représente 130 rendez-vous sur les deux jours. 

L’IA sera évidemment très présente, mais elle ne constitue pas un sujet isolé. Ce qui m’intéresse, c’est plutôt de voir comment elle transforme les pratiques et la prise de décision. La social intelligence sera une autre dominante forte. Et puis il y a tout ce qui touche à la compréhension du consommateur, avec des sujets autour du prix, de la satisfaction ou de l’écoute client. Finalement, les différentes thématiques convergent toutes vers cette même question : comment mieux comprendre pour mieux décider ?

Finalement, les différentes thématiques convergent toutes vers cette même question : comment mieux comprendre pour mieux décider ?

Y aura-t-il de grandes nouveautés pour cette 14e édition ? Et si oui lesquelles ?

Le Social Intelligence Morning en est clairement une. Chaque année, nous essayons d’inventer de nouveaux formats, ce rendez-vous le traduit bien. Nous avons aussi créé un atelier spécifiquement consacré aux données synthétiques. Le comité de programme avait reçu plusieurs propositions intéressantes sur ce sujet, mais il fallait faire des choix pour les grandes conférences de témoignages et retours d’expérience. Je trouvais dommage que des acteurs plus petits, mais très innovants, n’aient pas la possibilité de s’exprimer. Nous lançons donc cet atelier, qui sera animé par Laurent Florès et donnera la parole à quatre sociétés. C’est aussi cela, le Printemps : permettre à des approches émergentes de se confronter et d’être visibles.

Avez-vous des conseils à adresser aux acteurs, tant côté instituts que chez les annonceurs, pour tirer le meilleur parti de cette nouvelle édition du Printemps ?

Côté instituts, fournisseurs et prestataires, je répète souvent qu’un salon se prépare pendant six mois, se vit pendant deux jours et s’exploite pendant encore six à douze mois. Les choses ont beaucoup progressé sur ce point, mais il reste parfois du chemin à faire. Sur deux jours, une équipe commerciale peut gagner six mois, à condition d’avoir préparé ses rendez-vous, invité ses clients et ses prospects, communiqué en amont et, surtout, assuré le suivi après l’évènement.

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Il y a une chose que les instituts ont désormais bien intégrée : venir avec un client est extrêmement puissant. Un témoignage de pair à pair sera toujours beaucoup plus convaincant qu’une entreprise qui parle seule de son expertise. Le Printemps peut aussi être un moment de mobilisation interne, notamment parce qu’il intervient à la rentrée. Et je crois beaucoup à la présence des dirigeants. C’est l’occasion pour les clients de les rencontrer, parfois pour la première fois, et pour les équipes de sentir que leur dirigeant est là avec elles et donne une direction.

J’insiste aussi sur un point qui peut sembler évident : il ne faut surtout pas oublier d’inviter ses clients ! On pense naturellement aux prospects que l’on aimerait conquérir, mais les clients des uns restent les prospects des autres. Les inviter, c’est reconnaître la place qu’ils occupent dans cet écosystème. Ne pas le faire peut être à la fois une faute psychologique et une faute professionnelle.

Et pour les équipes marketing et insights des annonceurs ?

Côté annonceurs, je constate d’édition en édition qu’ils préparent de mieux en mieux leur visite. Ils se préinscrivent aux conférences, aux visites guidées, aux pitchs de la data, et nous contactent lorsqu’ils n’ont pas reçu de réponse. Cela montre qu’ils accordent de la valeur au temps qu’ils vont passer sur place. Le Printemps offre énormément de possibilités en deux jours. Plus on prépare sa visite en fonction de ses sujets et de ses priorités, plus on en tire parti.

Vous êtes la grande cheffe d’orchestre de cet évènement. Mais le Printemps des études, c’est aussi une équipe et un comité. Qui en fait partie ?

Je reprendrai l’expression de Sir Martin Sorrell : « la toute toute toute petite entreprise de Stéphanie » ! L’équipe permanente se compte effectivement sur les doigts d’une main. Solange Ricard est notre cheffe d’orchestre côté communication et Louise Lalanne pilote la partie logistique et technique. Mais derrière cette petite équipe, nous travaillons avec une quarantaine de fournisseurs. Au total, ce sont environ 200 à 250 personnes qui contribuent à la manifestation.

Au total, ce sont environ 200 à 250 personnes qui contribuent à la manifestation.

Et puis, il y a bien sûr le comité de programme, qui réunit environ 25 personnes et joue un rôle essentiel. Il est organisé en quatre collèges : les annonceurs, les instituts et prestataires pour les études, les partenaires institutionnels avec les associations et syndicats professionnels, et enfin le monde académique. Nous nous réunissons régulièrement de décembre jusqu’en avril ou mai pour construire le programme. Nous proposons chaque année une vingtaine de thèmes qui sont soumis au regard du comité. Les annonceurs ont une place particulièrement importante au début du processus, puisque nous voulons savoir ce qu’ils ont réellement envie d’entendre. Puis nous affinons les sujets et les angles, et nous réfléchissons au meilleur format pour chacun : grande conférence, témoignage et retour d’expérience, atelier expertise benchmark ou visite guidée. Des idées nous arrivent aussi tout au long de l’année, au fil des rencontres avec les acteurs du secteur. C’est réellement une co-construction. Et huit binômes sont sélectionnés chaque année pour présenter gratuitement leurs témoignages et retours d’expérience.

Voyez-vous un dernier point à ajouter ?

Oui : venez vivre la dimension humaine de nos métiers ! Nous parlons énormément d’IA cette année, et c’est normal. Mais le Printemps des Études reste avant tout un moment où la communauté francophone du Market Research se rencontre, confronte ses expériences et ses idées. C’est sans doute encore plus important aujourd’hui.

Et puisque notre fil rouge est la décision, je pourrais simplement ajouter : décidez-vous et venez !


 POUR ACTION 

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• Echanger avec l’interviewé(e) : @ Stéphanie Perrin

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