Une fois n’est pas coutume, nous mettons le projecteur sur une consœur. Consultante indépendante en Consumer Insights, Sabine Van Wynsberghe est également la créatrice du podcast business Le Café des Insights, une initiative entièrement consacrée à l’univers des insights, du marketing et de l’innovation.
Lancé au début de l’année 2026 et fort désormais de six épisodes, ce podcast explore des sujets aussi variés que le nudge, le design fiction, le brand stretching, les arbitrages alimentaires, la génération Z ou encore les futurs possibles du marketing. Une démarche que nous avions envie de saluer, tant les occasions de prendre du recul sur nos métiers ne sont pas si fréquentes.
Pourquoi Sabine Van Wynsberghe a-t-elle créé ce podcast ? Quel regard porte-t-elle sur l’évolution du marketing, le rôle des insights et les défis auxquels les marques sont confrontées ? Et d’abord, qui est-elle ? C’est ce que nous vous proposons de découvrir au travers de cet entretien.
MRNews : Vous avez créé le podcast Le Café des Insights, dont nous allons bien sûr parler. Mais je vous propose que l’on commence par vous : qui est Sabine Van Wynsberghe ? Quelles sont les grandes lignes de votre parcours professionnel ?
Sabine Van Wynsberghe (Le Café des Insights) : Cela fait un peu plus de vingt ans que je travaille dans les univers du Consumer Insight et du marketing. J’ai commencé ma carrière chez Kantar, où je suis restée cinq ans avant de rejoindre plusieurs annonceurs, notamment le groupe Casino, Mondelez International puis Sodebo. J’ai ensuite fait un retour en institut en retrouvant Kantar comme directrice d’études, avant de me lancer comme consultante indépendante il y a bientôt six ans. Avec le recul, je me rends compte que mes doubles expériences institut-annonceur et Consumer Insights-Brand manager constituent sans doute l’une de mes particularités. Cela me permet aujourd’hui de naviguer assez naturellement entre les enjeux business, marketing et études.
Au-delà du parcours professionnel, je me définis surtout par une curiosité profonde pour l’humain. À l’origine, je voulais d’ailleurs devenir journaliste. Ce qui m’attirait, c’était déjà l’envie de comprendre les personnes, les comportements, les tendances et les mouvements de société. J’ai également suivi une licence de philosophie en parallèle de mes études à Neoma. Cette discipline m’a beaucoup marquée. Elle m’a appris à questionner les évidences, à chercher la cohérence et à ne jamais cesser de demander pourquoi.
Au-delà du parcours professionnel, je me définis surtout par une curiosité profonde pour l’humain. À l’origine, je voulais d’ailleurs devenir journaliste. Ce qui m’attirait, c’était déjà l’envie de comprendre les personnes, les comportements, les tendances et les mouvements de société.
Finalement, j’ai trouvé dans le marketing un terrain qui réunissait toutes ces aspirations. J’y ai retrouvé la compréhension de l’humain, mais aussi la créativité, l’innovation et la capacité à transformer une analyse en action. Ce qui me passionne encore aujourd’hui, c’est précisément ce lien entre les insights et la décision. Comprendre les usages, les aspirations ou les tensions qui traversent les individus, puis aider les organisations à agir de manière plus juste et plus pertinente. C’est un fil rouge que l’on retrouve aussi bien dans mon activité de consultante que dans la création du Café des Insights.
Venons-en au Café des Insights. Pourquoi cette initiative ? Comment vous est venue l’idée ?
Le point de départ est très concret. Lors d’une mission chez un client, Eckes‑Granini, je partageais régulièrement des tendances, des signaux faibles ou des insights glanés ici ou là. Un jour, mes interlocutrices — Johanna Pentecouteau et Florence Frappa — m’ont demandé si je pouvais leur proposer ce type de contenu de façon récurrente. L’idée du podcast est née comme ça. J’apprécie énormément ce format. Il permet d’apprendre, de réfléchir, tout en s’intégrant facilement dans le quotidien. En marchant, en faisant du sport ou entre deux réunions… Je trouvais intéressant de créer un rendez-vous qui puisse tenir dans le temps d’un café, avec des formats volontairement courts, autour de vingt à trente minutes.
Je trouvais intéressant de créer un rendez-vous qui puisse tenir dans le temps d’un café, avec des formats volontairement courts, autour de vingt à trente minutes (…). Mais le podcast est devenu pour moi une façon de continuer à apprendre, de rencontrer des personnes inspirantes, de rediscuter avec d’anciens partenaires que j’ai appréciés, et d’explorer des sujets qui dépassent parfois mon activité immédiate.
Mais il y avait aussi une motivation plus personnelle. Quand on travaille en indépendante, on ne bénéficie plus forcément des échanges informels, des séminaires ou des occasions de se former en continu. Le podcast est devenu pour moi une façon de continuer à apprendre, de rencontrer des personnes inspirantes, de rediscuter avec d’anciens partenaires que j’ai appréciés, et d’explorer des sujets qui dépassent parfois mon activité immédiate.
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J’imagine qu’il y a aussi l’envie de participer à une réflexion, de questionner des pratiques…
C’est juste. Il y a en effet l’ambition de contribuer – même modestement – à réfléchir au marketing de demain. Nous vivons dans un monde qui change rapidement, avec de nouvelles contraintes économiques, sociales, environnementales ou technologiques. Je voulais créer un espace où l’on puisse prendre un peu de recul et s’inspirer, sans pour autant entrer dans des discussions trop techniques ou réservées aux spécialistes.
Au fond, si un épisode permet à quelqu’un de voir un problème différemment, de faire émerger une idée nouvelle ou simplement de prendre un peu de recul, alors j’ai atteint mon objectif. C’est cela qui me motive le plus.
Si un épisode permet à quelqu’un de voir un problème différemment, de faire émerger une idée nouvelle ou simplement de prendre un peu de recul, alors j’ai atteint mon objectif. C’est cela qui me motive le plus.
Les insights constituent le fil rouge explicite de ce podcast. Mais au-delà, y a-t-il d’autres convictions importantes pour vous ?
Oui, très clairement. La première consiste à considérer les individus dans toute leur complexité. Je m’intéresse au consommateur, bien sûr, mais aussi au citoyen, au parent, au professionnel, à l’être humain confronté à des aspirations parfois contradictoires. On comprend mieux les usages lorsqu’on élargit le regard.
La deuxième conviction est qu’il faut relier les comportements à leur écosystème. Les individus ne vivent pas dans le vide. Ils évoluent dans des contextes économiques, sociaux, culturels et environnementaux qui influencent leurs choix. Pour moi, un insight n’a de valeur que lorsqu’il est replacé dans ce cadre plus large.
La troisième concerne l’action. Un insight n’est intéressant que s’il permet d’éclairer une décision. J’aime beaucoup la réflexion, mais elle doit déboucher sur quelque chose d’utile. Chaque épisode cherche donc à fournir des pistes concrètes pour mieux comprendre une situation ou mieux décider.
J’aime beaucoup la réflexion, mais elle doit déboucher sur quelque chose d’utile. Chaque épisode cherche donc à fournir des pistes concrètes pour mieux comprendre une situation ou mieux décider.
Cette logique m’a conduite à structurer le podcast autour de grands territoires assez précis finalement.
Territoires que vous définiriez comment ?
J’en vois 5. Comprendre l’humain mais aussi comprendre son écosystème sont naturellement les deux premiers. C’est un peu la base. S’y ajoute l’enjeu de réfléchir aux outils marketing et insights de demain. Il y a également un territoire dédié à la question du rôle des marques, qu’il est impératif de repenser. Le dernier, qui m’est particulièrement cher, est celui de l’exploration des futurs possibles.
D’une certaine façon, la question du sens traverse l’ensemble de ces thèmes. Que l’on parle de nudge, de brand stretching, de design fiction ou d’innovation, je suis toujours intéressée par la même interrogation : comment construire des démarches qui soient à la fois performantes et cohérentes ?
Avez-vous des idées pour les prochains épisodes ?
Beaucoup trop probablement ! J’ai déjà plusieurs sujets en préparation. Certains porteront sur la boite à outils de demain, notamment autour du storytelling ou de la sensorialité produit. D’autres s’intéresseront à des phénomènes émergents comme les tiers-lieux et leur influence sur les usages. Et d’autres encore analyseront l’intensification de la charge mentale pendant les courses ou déconstruiront les mythes autour du consommateur américain, pour mieux comprendre nos marchés et de nos cultures.
J’ai également envie de donner davantage la parole à des responsables marketing qui ont lancé des innovations particulièrement pertinentes ou porteuses de sens. Comprendre ce qui a permis à ces projets de réussir me semble extrêmement intéressant. Et je serais heureuse enfin si je pouvais contribuer au moins un peu à mieux faire dialoguer le monde académique et le monde opérationnel. Les chercheurs produisent énormément de connaissances précieuses, mais elles restent parfois éloignées des préoccupations quotidiennes des entreprises. J’aime l’idée de créer des passerelles entre ces univers.
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Après ces premiers épisodes, y a-t-il une idée ou une surprise qui vous a particulièrement marquée ?
Oui. Une notion revient constamment : la tension entre le désir et la contrainte. On la retrouve dans le choix des produits d’alimentation, de beauté et d’hygiène notamment, dans les enjeux environnementaux, dans les arbitrages économiques ou dans les questions de santé. Les individus cherchent souvent à concilier des aspirations qui semblent contradictoires. Ils veulent davantage de praticité tout en recherchant des produits plus sains. Ils souhaitent consommer différemment sans renoncer à certains plaisirs. Ils veulent agir de manière responsable mais restent confrontés aux contraintes du quotidien. Les marques sont bien sûr elles aussi traversées par ces tensions.
Je ne m’attendais pas à voir cette idée apparaître aussi systématiquement dans les échanges. Au fond, cela m’amène à une conviction qui se renforce au fil des épisodes : je crois que le marketing de demain sera l’art de créer dans la contrainte. Les limites existent. Elles sont économiques, environnementales ou sociales. La question n’est plus de les ignorer mais d’innover à l’intérieur de ces contraintes. C’est probablement là que se trouvent les opportunités les plus intéressantes pour les marques.
Je crois que le marketing de demain sera l’art de créer dans la contrainte. Les limites existent. Elles sont économiques, environnementales ou sociales. La question n’est plus de les ignorer mais d’innover à l’intérieur de ces contraintes. C’est probablement là que se trouvent les opportunités les plus intéressantes pour les marques.
Ce podcast vous amène à rencontrer ou recroiser de nombreux professionnels du market research. Voyez-vous des points communs marquants ?
Oui, j’en vois au moins trois. Le premier est la curiosité. Les professionnels des insights sont presque toujours animés par une envie sincère de comprendre ce qui se passe autour d’eux. Ils aiment relier les informations, décrypter les comportements et explorer des sujets nouveaux. Mais ils ont aussi un sens exacerbé de la nuance. Dans nos métiers, on apprend vite que la réalité ne rentre jamais parfaitement dans une case, et que les réponses uniformes sont donc rarement les bonnes. Cette capacité à accepter la complexité me semble très caractéristique de la profession.
Dans nos métiers, on apprend vite que la réalité ne rentre jamais parfaitement dans une case, et que les réponses uniformes sont donc rarement les bonnes. Cette capacité à accepter la complexité me semble très caractéristique de la profession.
Enfin, je crois en voir un troisième, qui serait une volonté croissante chez ces acteurs d’avoir de l’impact. Les études ne veulent plus seulement décrire ou analyser. Elles cherchent davantage à influencer les décisions, à transformer les organisations et à contribuer aux choix stratégiques. C’est d’ailleurs l’un des enjeux majeurs de la fonction Insight aujourd’hui. Ces métiers restent parfois dans l’ombre alors qu’ils jouent un rôle essentiel. Mieux faire connaître leur contribution fait aussi partie des motivations qui m’ont poussée à créer le podcast.
Avez-vous un souhait particulier pour le futur du Café des Insights ?
J’aimerais qu’il devienne un repère. Je serais déjà très heureuse si certains professionnels considéraient ce rendez-vous comme un moment régulier d’inspiration ou de réflexion, comme une pause inédite dans leur agenda surchargé. Un temps où l’on prend un peu de distance par rapport à l’urgence du quotidien. Je souhaite également continuer à élargir l’audience du podcast, notamment auprès des étudiants, des chercheurs ou de professionnels qui ne travaillent pas directement ou pas encore dans les études ou le marketing mais qui s’intéressent aux transformations de la société.
J’aimerais que ce podcast devienne un repère. Je serais déjà très heureuse si certains professionnels considéraient ce rendez-vous comme un moment régulier d’inspiration ou de réflexion, comme une pause inédite dans leur agenda surchargé. Un temps où l’on prend un peu de distance par rapport à l’urgence du quotidien.
Je réfléchis aussi à des formats complémentaires, comme une newsletter, des fiches de synthèse voire un livre ou un e-book par exemple. L’objectif resterait le même : transmettre des idées, créer des connexions entre des sujets parfois éloignés et donner envie d’explorer plus loin.
Et puis il y a un autre enjeu très concret : trouver un partenaire prêt à soutenir le projet dans la durée tout en respectant son indépendance éditoriale. Mon ambition n’est pas de transformer le podcast en outil promotionnel. Je veux qu’il reste un espace libre, ouvert et exigeant.
Vous l’avez dit en préambule, vous travaillez aujourd’hui en tant qu’indépendante. Quels sont les types de projets sur lesquels vous avez le plus de plaisir à travailler ?
J’aime particulièrement les projets permettant de comprendre ce qui est en train de changer chez les individus. Les transformations sociétales, les nouveaux usages, les arbitrages du quotidien, les tensions qui traversent les consommateurs : ce sont des sujets qui me passionnent !
Ce qui me plaît ensuite, c’est de contribuer à ce que cette compréhension débouche sur des actions. Je prends beaucoup de plaisir à accompagner des réflexions de positionnement, d’innovation ou de communication lorsque les insights peuvent réellement nourrir la décision. C’est la partie peut-être un peu « noble » de notre métier, mais cela demande aussi de faire preuve de créativité, et c’est un challenge qui me motive.
Par ailleurs, je m’intéresse beaucoup à l’évolution de nos métiers. Réfléchir à de nouveaux process, à de nouvelles boîtes à outils Insights, intégrer les possibilités offertes par l’IA en les conciliant avec l’exigence d’une réflexion humaine… Je trouve que ce sont des sujets enthousiasmants !
On a beaucoup parlé Insights. Mais j’imagine qu’il y a aussi une vie en dehors de ça. Quels sont vos grands centres d’intérêt, vos passions personnelles ?
J’ai une passion assez assumée pour le chocolat et plus largement pour la food culture. C’est un univers qui me fascine depuis longtemps, sans doute parce qu’il raconte énormément de choses sur les sociétés, les cultures et les comportements.
J’aime aussi beaucoup voyager, plutôt dans une logique d’immersion et découverte lente. Les guides touristiques font partie de mes lectures favorites depuis très longtemps. Je crois qu’ils prolongent finalement cette même curiosité pour les lieux, les usages et les modes de vie. À côté de cela, je pratique le yoga et la gym, et je m’intéresse beaucoup à l’univers des cosmétiques maison. J’aime comprendre comment les choses fonctionnent, expérimenter, fabriquer. Finalement, ce n’est peut-être pas si éloigné de mon métier.
Voyez-vous un dernier point à ajouter ?
J’aimerais simplement rappeler que le marketing et les études consommateurs ne sont pas seulement des métiers de mesure ou d’optimisation. Ce sont aussi des métiers qui peuvent contribuer à imaginer des solutions plus pertinentes, plus responsables et plus désirables.
Le marketing et les études consommateurs ne sont pas seulement des métiers de mesure ou d’optimisation. Ce sont aussi des métiers qui peuvent contribuer à imaginer des solutions plus pertinentes, plus responsables et plus désirables. À ma petite échelle, Le Café des Insights est une façon de participer à cette réflexion.
À ma petite échelle, Le Café des Insights est une façon de participer à cette réflexion. J’espère qu’il pourra continuer à nourrir des échanges, faire émerger des idées et donner envie d’explorer de nouvelles pistes. Et j’invite évidemment les auditeurs à me partager leurs réactions, leurs envies ou leurs suggestions pour les prochains épisodes.
Enfin, merci à vous pour cet échange. Et qui sait, peut-être qu’un jour les rôles s’inverseront et que vous serez à votre tour invité au Café des Insights !
POUR ACTION
• Echanger avec l’interviewé : @ Sabine Van Wynsberghe
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